La France des start-up : supérette pour les US…
En référence à l’article des Echos du 3 mars sur l’exit strategy des start-up françaises, je rebondis sur les raisons expliquant cette inquiétante fuite des technologies.
Récapitulatif des faits : Polyspace Technologies, racheté en 2007 par MathWorks (américain) ; RealViz, racheté en 2008 par Autodesk (américain) ; Let it Wave, racheté en 2008 par Zoran (israélo-américain). Ces acteurs méconnus du secteur logiciel, pourtant génies informatiques, sont toujours nombreux à devenir victimes de la vague d’acquisition anglo-saxonne qui déferle sur les entreprises technologiques françaises. 13 du TOP100 des éditeurs de logiciel français ont vécu un tel rapprochement depuis 2007. Cette vague touche aussi les plus gros : GL Trade racheté par SunGard (américain), Ilog par IBM, Business Object par SAP (allemand), Kelkoo par Yahoo (revendu à un fonds depuis)…
Alors que la classe politique n’hésite pas à affirmer son rôle paternaliste à la limite du protectionnisme dans certains secteurs comme l’agriculture, l’industrie ou le service bancaire (pour ne citer qu’eux), le secteur des nouvelles technologies apparaît comme le grand orphelin de notre patrie. Alors que des perles naissent au sein de nos frontières, ces mêmes perles ne deviennent des pépites qu’entre les mains du vieil Oncle Sam, via ses magnats ou ses investisseurs qui monopolisent le secteur. Certes la taille du marché, la culture du capital risque et le terreau légal et culturel encourageant l’insatiabilité entrepreneuriale américaine permet aux acteurs us d’ambitionner plus facilement une introduction en Bourse et une conquête multinationale comparé à la France. Les inventions techno ne manque pas en France, mais leur commercialisation à grande échelle et leur rapprochement industriel auprès de grands comptes nationaux demeure un échec criant en terme de politique industrielle. Alors que le soutien en R&D est largement favorisé par les technopôles et OSEO, l’initiative doit être accompagnée d’investissements massifs de bailleurs de fonds pour couvrir les ambitions de la start-up, et d’un environnement légal et socio-économique favorable. Il semblerait que les choses soient en train de changer, après le Small Business Act à la française (ie loi Tepa), l’intervention des fonds d’amorçage et de capital risque de plus en plus conséquente et l’action des pôles de compétitivité pour mixer les profils entrepreneurs – manager grands comptes – chercheurs – investisseurs. Cependant, l’évolution accélérée des nouvelles technologies n’attendra pas la France et son train de retard chronique pour poursuivre la consolidation du secteur et faire naître des nouveaux Google ailleurs dans le monde (…des USA ;).
Après la fuite des cerveaux, il serait dommage de laisser s’échapper le fruit des travaux de ceux qui ont bien voulu rester… Il né autant voir plus d’innovations technologiques proportionnellement en France qu’aux Etats-Unis où dans d’autres pays adeptes de la culture anglo-saxonne. Cependant, il est clair que le développement d’un point de vue business peine à faire éclore en France un deuxième Dassault Systèmes, seul éditeur français à dépasser le milliard d’euros de chiffre d’affaires. La valorisation du potentiel monétisable d’une technologie pouvant être exploitée via un business model viable, en phase avec un marché prometteur, facile à exporter et à même de s’intégrer dans une filière ou de se diversifier sur d’autres marchés… est une pratique malheureusement peu courante en France et difficile à réaliser. Les propos de Stéphane Mallat, professeur de maths à l’X et fondateur de Let it Wave, au moment de trouver un repreneur, traduisent parfaitement ce sentiment : « Acheter la bonne technologie au bon moment et au bon prix n’a rien de facile. […] Or, ce savoir-faire, le français ne l’avait visiblement pas ».
L’esprit entrepreneur de la nouvelle génération d’actifs et les aménagements juridico économiques qui se trament laissent présager une évolution dans le bon sens, mais il va falloir se battre pour conserver les innovations et faire émerger de nouveaux gros acteurs frenchy au rayonnement mondial.










Aucun commentaire pour l'instant